Loin des clichés véhiculés dans les films et les séries, les personnes autistes sont multiples, riches de parcours différents. Elles se positionnent toutes sur le spectre du trouble autistique et vivent leurs vies souvent cachées du regard des autres. Certaines sont verbales, d’autres non. En 2025, ce sont 80% des personnes autistes qui sont sans emploi et/ou en emploi précaire. Qui sont ces personnes ? Que font-elles de leurs journées ? Ont-elles des passions ? Des ami.es ? Comment la société aménage la vie sociale pour les y inclure ? Ont-elles la possibilité de naviguer dans l’espace public ?
Encore aujourd’hui, les personnes autistes doivent justifier de leur diagnostic. On pense qu’elles ne peuvent pas regarder dans les yeux, ne savent pas se tenir en public, ont des difficultés à parler. Les chiffres parlent pourtant : pour les femmes, la moyenne d’âge de diagnostic est de 36 ans. Preuve que nous naviguons dans la société en nous camouflant de manière extrêmement subtile. Donner de l’espace à ces personnes qui de l’extérieur ressemblent à toutes les autres, c’est l’objectif de ce projet. Avec la phrase « Je suis Autiste », il est question de se ré-empouvoirer en affirmant haut et fort notre différence. Prôner la fierté autistique, c’est se défaire des clichés et afficher une condition neurologique atypique pleine de richesses. C’est également montrer que nous existons et espérer des diagnostics et des parcours médicaux de moins en moins chaotiques.
L’intersection LGBT et trouble du spectre autistique est fréquente, elle appelle donc à des politiques de santé et d’éducation inclusive. Ces identités croisées s’accompagnent souvent de santé mentale fragile : stress minoritaire, isolement, accès aux soins. 5 à 11% des adultes autistes s’identifient comme trans et/ou non binaires, contre 0,7% dans la population générale, et entre 15 et 35% des adultes autistes s’identifient comme non hétérosexuelles. La représentation et la prise de place dans l’espace public est donc également un enjeu important à l’heure ou les droits des personnes queer sont menacés.
Je m’appelle Angel et je suis autiste, diagnostiqué.e en 2023 à l’âge de 30 ans. C’est après une carrière de peinture et muraliste sur Bordeaux que je tombe en burn out en Septembre 2023. S’en suivra alors deux années de combats contre un burn out autistique et une dépression. Une fois sorti.e de ce long périple, je me rends compte qu’une mission me tient à coeur : Celle de sortir de l’isolement les personnes autistes et de mettre en lumière cette condition neurologique atypique. Fièr.e de mon parcours dans le street art et convaincu.e de l’importance de la représentation et de la prise de parole, je décide alors d’ouvrir un média pour tenir informé autour du TSA, et de lancer mon projet photographique « Je suis Autiste » afin de continuer à lutter pour une appropriation de l’espace public par des personnes majoritairement isolées. « Rien sur nous, sans nous » devient alors mon axe de direction principal, afin que la communauté autistique se renforce et prenne la place qui lui revient.